l’art français des fifties prend sa revanche


Jusqu’au 10 mai, le musée Soulages de Rodez rend hommage aux femmes sculptrices et peintres des années 1950.
Jusqu’au 10 mai, le musée Soulages de Rodez rend hommage aux femmes sculptrices et peintres des années 1950. Thierry Estadieu

Au milieu du XXe siècle, une bascule s’est opérée entre Paris et New York, la seconde ayant alors supplanté la première au rang de capitale de l’art mondial. Cette victoire américaine a fait ternir l’étoile des artistes français des années 1950. Jugés trop bourgeois, décoratifs, pour ne pas dire ringards, ils furent alors mis aux oubliettes. Mais depuis cinq ans, les musées et les marchands s’empressent de les en sortir.

Après les hommages à Serge Poliakoff, Jean Fautrier et Zao Wou-Ki, le Musée d’art moderne de la Ville de Paris célèbre actuellement Hans Hartung, tandis que celui de Caen rend hommage à sa compagne, Anna-Eva Bergman. Au Centre Pompidou, une exposition Georges Mathieu est dans les tuyaux, après celle consacrée en 2018 à Vasarely. Quant au Musée Soulages, à Rodez, il braque actuellement ses projecteurs sur les femmes de cette décennie mal aimée.

Cycles du marché

Comment expliquer ce retour de balancier ? Par les cycles du marché, à en croire le marchand parisien Franck Prazan. « L’offre est abondante, les artistes ont beaucoup produit et leurs successions détiennent de nombreuses œuvres, ce qui permet à de nouvelles galeries, comme Perrotin, d’entrer dans le jeu, résume-t-il. Cela facilite aussi la tâche pour les musées qui, par ailleurs, ont quantité d’œuvres dans leurs réserves. »

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Pour les conservateurs, le mérite revient plutôt à une génération d’universitaires qui relativisent l’obsession américaine de leurs aînés et le culte de l’école de New York. « On leur a moins bourré le mou sur ce qui est bien et ce qui ne l’est pas », insiste Benoît Decron, directeur des musées du Grand Rodez, dont fait partie le Musée Soulages. « Ils regardent cette période de manière moins idéologisée, plus apaisée », abonde Fabrice Hergott, directeur du Musée d’art moderne de la Ville de Paris.

« Le prétendu discrédit des années 1950 est un leurre. Elles n’ont en fait jamais disparu de l’imaginaire collectif et du goût dominant. » Arnauld Pierre, historien d’art

Cette approche décomplexée leur permet de rectifier ­raccourcis et contresens. L’historien d’art Arnauld Pierre, co-commissaire de l’exposition « Vasarely, le partage des formes », le martèle : « Le prétendu discrédit des années 1950 est un leurre. Elles n’ont en fait jamais disparu de l’imaginaire collectif et du goût dominant. » Et Franck Prazan d’ajouter : « L’art informel, qui est né de la nécessité de traduire par les images ce qu’on ne peut plus faire par les mots a essaimé dans le monde entier. »



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