La France refuse l’exportation d’un rarissime chef-d’œuvre de Cimabue


« Le Christ moqué » de Cimabue, à Paris en septembre.
« Le Christ moqué » de Cimabue, à Paris en septembre. PHILIPPE LOPEZ / AFP

C’est un petit panneau peint rarissime, annonçant la Renaissance italienne et devenu le tableau primitif le plus cher vendu au monde : la France a interdit, lundi 23 décembre, l’exportation du Christ moqué de Cimabue et entend le conserver dans ses collections nationales.

La peinture à l’œuf et fond d’or sur panneau de peuplier, de 25,8 cm sur 20,3 cm, était accrochée entre le salon et la cuisine d’une vieille dame à Compiègne (Oise) et avait été expertisée à l’occasion d’un déménagement.

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La famille avait toujours pensé qu’il s’agissait d’une simple icône, dont la vieille dame n’avait pas su dire d’où elle provenait, mais l’expertise a révélé qu’il s’agissait d’une œuvre rarissime du XIIIe siècle peinte par Cenni di Pepo, dit Cimabue, l’une des plus grandes figures de la pré-Renaissance. On lui connaît à ce jour tout au plus onze œuvres exécutées sur bois dont aucune n’est signée.

Vendu à plus de 24 millions d’euros

Le Christ moqué serait un élément d’un diptyque de 1280 sur lequel étaient représentées sur huit panneaux de taille semblable des scènes de la Passion. Deux de ces scènes seulement étaient connues à ce jour : La Flagellation du Christ (Frick Collection, New York) et La Vierge à l’enfant trônant et entourée de deux anges (National Gallery, Londres).

La vente événement a eu lieu à Senlis (Oise), à la fin d’octobre – premier passage sous le marteau depuis des décennies pour un Cimabue. Et le tableau, estimé entre 4 et 6 millions d’euros, s’est finalement envolé à plus de 24 millions d’euros, frais compris, devenant l’œuvre primitive la plus chère adjugée en vente publique dans le monde.

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C’est la collection privée Alana, appartenant à un couple de collectionneurs chiliens installé aux Etats-Unis et spécialisée dans l’art de la Renaissance italienne (et dont une partie est actuellement exposée au Musée Jacquemart-André à Paris), qui l’avait finalement emporté, devant le Metropolitan Museum, de New York, dernier sous-enchérisseur.

Refus du certificat d’exportation

Mais, lundi, le ministère français de la culture a annoncé avoir refusé le certificat d’exportation de l’œuvre « à la suite de l’avis de la commission consultative des trésors nationaux ». A partir de la notification de cette décision à l’acheteur, l’Etat dispose d’une période de trente mois pour faire une offre d’achat. « Grâce au temps donné par cette mesure, tous les efforts pourront être mobilisés afin que cette œuvre exceptionnelle vienne enrichir les collections nationales », a déclaré le ministre Franck Riester, cité dans un communiqué.

« Je ne suis pas surpris, l’Etat défend l’enrichissement du patrimoine », a déclaré Dominique Le Coënt, commissaire-priseur qui avait mené la vente. Tout en soulignant que « la seule chose qui m’importe, c’est que cette mesure soit exercée réellement et que l’Etat ait les moyens de l’acheter ».

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Car outre le fait que cette décision bloque potentiellement l’œuvre pour une longue durée, elle se double d’un rebondissement, souligne MLe Coënt : la femme qui l’a vendue est décédée peu après la vente, et ses héritiers doivent désormais s’acquitter de quelque 9 millions d’euros au titre des droits de succession.

Si l’Etat ne parvenait pas à faire dans les délais une offre qui « tienne compte des prix pratiqués sur le marché international », comme le prévoit le code du patrimoine, des possibilités de conciliation sont prévues.

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