Emmanuel Perrotin, le galeriste qui connaît bien les crises


Emmanuel Perrotin, en 2017, lors de l’ouverture de la galerie de Tokyo, avec une exposition de Pierre Soulages.
Emmanuel Perrotin, en 2017, lors de l’ouverture de la galerie de Tokyo, avec une exposition de Pierre Soulages. YOSHIFUMI MORIYA

Il allait inaugurer une neuvième galerie, son troisième espace à Paris, au 2 bis de la prestigieuse avenue Matignon. Il voulait en faire une vitrine, susceptible d’attirer le chaland, pardon, le regard d’un collectionneur de passage. L’épidémie est passée par là, et les lieux restent fermés, comme ses autres implantations à Paris, New York, Séoul, Hongkong – qui était en pleins travaux de déménagement, mais dont le chantier est arrêté –, Shanghaï. Seule son antenne de Tokyo fonctionne encore normalement, pour l’instant. Comment Emmanuel Perrotin, qui en trente ans a bâti un petit empire (la totalité de ses espaces cumulent une superficie de plus de 7 000 m2, il représente une cinquantaine d’artistes ou leurs héritiers, travaille ponctuellement avec une quinzaine d’autres et emploie 145 personnes) dans le monde de l’art, pourra-t-il s’en tirer ?

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S’il y parvient, ce sera pour plusieurs raisons, qui tiennent à son histoire. Sa toute première galerie, il l’a créée à Paris, en 1990, soit au début d’une des pires crises que le marché de l’art a connue au XXe siècle. Une des plus longues aussi : le marasme a duré six ou sept ans. Lui en avait 21, et ne doutait de rien. Il avait surtout une imagination qui le place au rang des « marchands entrepreneurs », ceux qui inventent de nouvelles façons de travailler. Sans concurrencer ses aînés en tentant de débaucher leurs artistes, il leur a proposé un service alors inédit : gérer leur fichier d’œuvres. Reconnaissants, ils l’assureront de leur soutien. C’est ainsi grâce à la galeriste Marie-Hélène Montenay, laquelle investit dans l’entreprise de son jeune concurrent, qu’il peut développer sa deuxième idée : produire les œuvres des artistes qu’il défend.

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Si la chose paraît aujourd’hui banale, elle ne l’est pas alors, surtout dans une époque de crise. On lui reproche même de vouloir en faire des assistés ! Lui en fait plutôt des actionnaires. « Je leur ai proposé, raconta-t-il plus tard, de renoncer à une part du pourcentage que je leur devais sur les ventes, pour le placer dans la production d’autres œuvres, y compris celles d’autres artistes, dont ils deviendraient copropriétaires. » Ces fonds ainsi dégagés lui permettent d’appliquer un autre principe, peu utilisé à l’époque, consistant non pas à produire au coup par coup, mais à réaliser en une seule fois l’intégralité d’une édition, un tirage en bronze ou photographique, par exemple, ce qui permet de négocier d’importants rabais auprès des fournisseurs.



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