A la Manufacture des Gobelins, la ruche tapissière de Louis XIV


Vitrine du savoir-faire français du temps du Roi-Soleil déjà, les ateliers parisiens exposent jusqu’en décembre des objets d’une qualité exceptionnelle, destinés à orner les maisons royales.

Par Publié aujourd’hui à 07h00

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« Le roi visitant la Manufacture des Gobelins », Manufacture des Gobelins, de 1673 à 1680, 5 x 7 m.
« Le roi visitant la Manufacture des Gobelins », Manufacture des Gobelins, de 1673 à 1680, 5 x 7 m. Mobilier national, Isabelle BideauTenture

Il est là, perché sur ses chaussures à talonnettes, la perruque coiffée d’un feutre garni de plumes rouges, assorties à ses bas de soie et haut-de-chausses. Louis XIV (1638-1715) visite la Manufacture des Gobelins le 15 octobre 1667, en compagnie de membres de sa cour, et une tapisserie réalisée dans l’atelier de haute lisse immortalise ce moment. Face au roi, des artisans et manutentionnaires, manches de chemise remontés, se bousculent dans un joyeux désordre, l’un portant un tapis roulé sous le bras, un autre une table en marqueterie de marbre tandis qu’un troisième s’affaire à accrocher de soyeuses tentures. Des artistes, reconnaissables à leur jabot, guident les opérations.

Cette œuvre de grandes dimensions – 5 mètres de haut sur 7 de large –, réalisée de 1673 à 1680, est présentée, façon mise en abyme, au cœur de l’exposition « Créer pour Louis XIV », qui occupe les deux étages de la Galerie des Gobelins, dans le 13e arrondissement de Paris. La scène ne représente pas fidèlement la visite du roi, précise le commissaire général de l’exposition et directeur des collections, Thierry Sarmant.

Protéger des courants d’air

L’œuvre, montrée lors de fêtes ou de processions, avait avant tout pour but d’exalter la suprématie française dans le domaine des arts et du luxe, et d’illustrer la diversité des savoir-faire des corps de métier – menuisiers, ébénistes, orfèvres, lapidaires (tailleurs de pierres précieuses), lissiers (spécialisés en tapisserie) – réunis dans ce qui constituait alors un village d’artisans à la périphérie de la capitale. Une situation en bordure de la Bièvre – affluent de la Seine désormais souterrain –, source d’eau nécessaire au travail des teinturiers.

« Autant que des témoignages artistiques, ces œuvres sont riches d’enseignements sur l’histoire du costume. » Thierry Sarmant

Les pièces fabriquées ici étaient destinées à orner et réchauffer les maisons royales : placées devant les portes, les tapisseries protégeaient des courants d’air. Le roi s’y fournissait aussi en cadeaux diplomatiques. « Les ouvrages qui s’y font surpassent notablement en art et en beauté ce qui vient de plus exquis des pays étrangers », indique non sans emphase l’édit de 1667 fixant le statut de la manufacture. C’est pour assurer cette production de haut niveau que le tout puissant ministre Colbert (1619-1683) et le premier peintre du roi, Charles Le Brun (1619-1690), créent en 1662 les manufactures de la Couronne parmi lesquelles celle des Gobelins.



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